Dans la série photographique Affleure de Peau, Claire Artemyz s’interroge sur un acte universel qui a traversé le temps, les civilisations et les territoires : celui de se faire tatouer. Car ce qui possède une dimension universelle n’est pas le motif inscrit sur la peau, mais bien l’acte lui-même. Ce qui est en jeu, en profondeur, est le désir de modifier son enveloppe corporelle et, à travers elle, son identité. Comment expliquer qu’une telle effraction cutanée — se faire percer volontairement la peau, sans anesthésie ni nécessité vitale — soit à ce point répandue ? Ce comportement humain à l’égard de la peau demeure profondément troublant. Si les raisons avancées par les personnes tatouées sont multiples, une part essentielle reste mystérieuse et surtout irréductible au langage. C’est cette motivation insaisissable que Claire Artemyz a cherché à rendre perceptible par l’image, là où les mots échouent. Ainsi, a-t-elle utilisé l’appareil photo comme un microscope, se rapprochant au plus près de l’instant où l’aiguille transperce l’enveloppe corporelle, laissant s’échapper sang et lymphe avant d’y injecter l’encre. Le motif est volontairement écarté afin de pénétrer l’universalité de l’acte.
Il en résulte des images qui, à leur tour, se dérobent à une lecture immédiate, à l’instar des raisons profondes du tatouage. Par le recours à la macrophotographie, le réel s’abstrait et s’ouvre sur un ailleurs empreint de poésie, où surgissent des paysages, des formes organiques ou minérales. La texture de la peau évoque tantôt la roche, tantôt un glacier. Cette perte de repères visuels élargit le champ de l’interprétation, invitant le regardeur à ressentir plutôt qu’à comprendre.
Affleure de peau ne cherche pas à expliquer, mais donne à voir. La série révèle une dimension profondément mystérieuse de l’humain : un geste ancestral qui engage le corps, l’identité et l’intime, et dont le sens, comme les images elles-mêmes, demeure volontairement ouvert.






















