Et omnia

Avec la série Et omnia, Claire Artemyz continue d’explorer les spécificités de l’être humain. Le crâne — enveloppe de la pensée — y apparaît comme un objet anatomique paradoxal : à la fois marqueur de l’identité individuelle et signe de notre appartenance au genre humain. En photographiant des crânes d’Homo Erectus, d’Homme de Néandertal et d’Homme anatomiquement moderne (Cro-Magnon), l’artiste engage un face-à-face avec nos ancêtres et se confronte à un passé lointain. La photographe considère ici le crâne comme la trace d’une vie ayant abrité des émotions — l’amour, la peur — qui nous caractérisent encore aujourd’hui.
Dans la continuité de la série Affleure de peau, elle se met en quête du paysage contenu dans ce qu’elle regarde afin de développer une œuvre capable de nous emmener vers un ailleurs. C’est ainsi que des sutures crâniennes deviennent des lits de rivières asséchées. Le médium photographique est ici utilisé non pour montrer le réel, mais pour construire un langage visuel. En échappant à la figuration, Claire Artemyz s’éloigne de l’anecdotique laissant au spectateur un espace de projection plus vaste, ouvert à l’imaginaire et à la pensée.

L’être humain produit des abstractions complexes abritées par la boîte crânienne. Il développe également différentes formes de langage dont nous pouvons constater des effets — la compréhension de celui-ci — sans pouvoir saisir pleinement les mécanismes intimes à l’œuvre, et ce, quelles que soient les modalités de cet échange (la parole, le geste, le regard). Une dimension nous échappe. C’est précisément ce mystère que Claire Artemyz cherche à approcher. Par un travail subtil de la lumière, elle révèle la lithophanie de l’os crânien révélant ses densités. L’éclairage, ainsi travaillé, conduit la lumière de l’intérieur vers l’extérieur au travers des cavités (orbites, trou occipital), comme pour matérialiser le flux de cette pensée. Il en résulte des clichés aux couleurs flamboyantes, qui semblent parfois s’embraser telle une pensée qui fuse. Le crâne devient alors un symbole vibrant de la vie et de la conscience.

Remerciements

Monsieur Didier Berthet, responsable du Département des Sciences de la Terre, pour son aide dans l’accès aux collections du Musée des Confluences de Lyon.
Docteur Alain Froment et Monsieur Philippe Mennecier, responsables des collections d’Anthropologie, Musée de l’Homme, Paris.
Madame Catherine Schwab, conservatrice en chef des collections paléolithiques et mésolithiques, Musée d’Archéologie Nationale, Saint-Germain-en-Laye.
Alain Ville, responsable du département du Néolithique et de l’âge du Bronze, conservateur en chef, Musée d’Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye.
Monsieur Henri de Lumley, préhistorien et paléoanthropologue, directeur de l’Institut de Paléontologie humaine, Paris.