Dans la série Peccata mundi, Claire Artemyz s’emploie à détourner notre regard du sujet principal de la crucifixion et du châtiment barbare qu’il représente, en recourant à une esthétique qui relève d’une véritable manière d’observer le monde : un cadrage serré proche du gros plan, un jeu de clair-obscur, un travail précis de la lumière comme façon de colorer l’image et une mise en tension du figuratif et de l’abstrait. Par cette signature photographique, notre regard est guidé vers ce qui constitue le cœur de son propos : la blessure. Celle laissée par la couronne d’épines, celle provoquée par les clous aux mains et aux pieds, et enfin celle infligée par une lance au flanc droit. Cette approche minimaliste de la blessure n’est pas sans rappeler celle déployée dans la série Affleure de peau, où l’artiste s’intéresse à l’effraction volontaire de la peau dans le cadre du tatouage.
La photographe met ainsi en lumière deux aspects : d’une part le mystère de la religion, en offrant une vision énigmatique d’un sujet qui renvoie pourtant à notre conscience collective ; et d’autre part, notre besoin de sacré, qu’il s’exprime de façon commune ou individuelle à travers différentes pratiques, dont le tatouage.
En creux, c’est le mythe que la photographe interroge. L’être humain aurait-il nécessairement besoin de fabriquer des symboles pour expliquer le sens des choses, ou encore pour les rendre acceptables ?





















